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mardi, 30 octobre 2007

Lettre de Marina

Je vous avais déjà évoqué sa situation. Marina Petrella, ancienne membre des brigades rouges, vit en France, y a reconstruit sa vie, travaille comme assistante sociale et élève ses deux filles, avec son compagnon, français. Elle avait trouvé refuge en France en 1993, après 8 ans d'emprisonnement en Italie, suite à l'engagement de François Mitterrand de "refuser toute extradition politique".
Le Gouvernement actuel créée une rupture de cette politique d'asile instituée depuis 20 ans dans notre pays, dans ce qui ressemble bien à une vengeance froide.
N'oublions pas Marina. Continuons de lui écrire, de rester vigilants, d'alerter sur sa situation et de signer les pétitions qui circulent sur le net.
Voici son dernier appel :

Pourquoi je ne partirai pas en cavale

En 1993, j’ai laissé derrière moi un conflit tragique et revolu.Javais survécu
La parole donnée par l’Etat français représentait une deuxième chance de vie et m’a ouvert le chemin de l’exil avec ma fille.
Aujourd’hui ce n’est pas une époque révolue que je laisserai derrière moi.
Je laisserai ma famille vivante et mon insertion sociale reconnue.

Alors la cavale pour aller ou ? Pour faire quoi ?

Il n’y a pas de lieux ou s’enfuir.Le monde est fermé.On ne peut pas sortir.Ou alors…vers un atoll corallin au bon milieu du Pacifique, pour être engloutie par le premier tsunami !

Pour faire quoi ? Ne plus avoir d’identité civile ni sociale, hors tout contexte, sans passé et sans futur, séparée définitivement de ma famille, pour aboutir, très certainement, à une prochaine arrestation
Est-ce que une telle hypothèse ressemble à un choix de vie ? Non !
Est elle une forme de survie ? Non plus !
La cavale est la mort

De plus, je n’abandonnerai jamais ma famille : en prison nous serons séparés physiquement mais nous pourrions garder les contacts et communiquer.
Alors, devrais-je envisager de partir en cavale en famille ? Cela signifierait :
Déstabiliser les jeunes vies en construction de mes filles et celle de mon conjoint qui a des responsabilités et des engagements ;
Entraîner tout le monde dans l’infraction pénale, pour utilisation de faux documents d’identité.
Cela est impossible du point de vue moral, éducatif et pratique et aucune personne de bon sens ne pourrait l’imaginer !

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Pourquoi je demande la liberté provisoire : Mes perspectives

Pour le motif le plus simple et le plus humain : pouvoir accompagner mes filles et rester même physiquement, parmi les miens, le plus longtemps possible.
J’ai plusieurs fois parlé du fil à plomb le long duquel se déroule ma vie :
Cohérence et honnêteté éthique ; engagement dans un processus historique, survécue, donc : devoir vivre ; exil /asile et encore…cohérence et honnêteté éthique dans la déclaration de mon identité et de mes perspectives
Je suis déterminée à ne pas partir en cavale, autant que je le suis à saisir toutes les instances de recours possibles.
Qui donc l’extradition viendrait punir ?
Sûrement pas le sujet politique d’il y’a 26 ans, car un sujet politique est l’expression d’une époque etd’un contexte.Il n’existe plus, hors de l’époque et du contexte qui l’ont déterminé
Peut être l’extradition-surenchère viendrait punir le sujet social d’aujourd’hui ,la mère et la citoyenne.Mais à la fin, je suis âgée,je serais mise au repos forcé,à la retraite anticipée.
Certainement ce seront mes filles que l’extradition punirait.Telle qu’une malédiction biblique,elle les condamnerait à grandir orphelines,car la France à changé de politique en matière de droit de l homme et du citoyen,en matière de droit des enfants et de la famille.
Cependant, ma profonde conviction humaniste soutient mon « optimisme de la volonté »et me fait espérer qu’un sursaut d’éthique puisse l’emporter sur l aveuglement de la « raison de l’état marchand de vies »
La procédure peut durer longtemps, des mois, peut être plus.Pendant ce temps, au regard de ma détermination à ne pas me soustraire aux autorités,
Ma place est dans ma famille

Cela permettra aussi de soigner la blessure morale causée par mon arrestation parfaitement inutile et donc brutale
Cela permettra de passer de l’état psychologique de l’angoisse qui pèse sur nous tous, à l’accalmie
L’angoisse ne permet pas d’élaborer la souffrance.
L’accalmie, par définition temporaire, permet de retrouver la lucidité, le souffle pour préparer les épreuves douloureuses et de longue durée
Si les démarches judiciaires, politiques et les batailles d’idées ne parviendront pas à infléchir la volonté de m’extrader, comme je l’ai annoncé, je rentrerai en prison.
Ce sera la seule forme de survie possible

Je demanderai de pouvoir purger la peine en France afin de rester plus proche des miens
(Rapprochement familial)
Nous serons séparés physiquement mais nous pourrons communiquer.
Ce sera l’avant-dernière étape de ma vie
Par la suite, en espérant dans la possibilité d’aménagement de la peine, un jour lointain, je pourrai sortir définitivement de prison et finir mes jours parmi les miens

Marina Petrella
N°d'écrou 932940
Maison d'arrêt de femmes de Fresnes
Allée des thuyas
94261 FRESNES