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lundi, 02 juin 2008

Beau temps ...

Beau temps pour les chirurgiens esthétiques
Sale temps pour la dignité des femmes


L’écoeurement est général de gauche à droite après la décision rendue par le tribunal de grande instance de Lille : l’annulation d’un mariage car l’épouse n’était pas vierge.
Que se passe t-il en beau pays de France pour en arriver là ?

Au niveau juridique, en droit français, 3 vices de consentement peuvent entrainer la nullité d’un contrat : l’erreur, le dol c’est à dire la tromperie, et la violence. Le mariage est le seul contrat où le dol ne peut être cause de nullité car la justice n’a pas à se mêler des manœuvres de séduction entre les futurs conjoints. « En mariage, trompe qui peut » selon l’adage d’Antoine Loysel (16ème siècle).

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Comme le dol ne pouvait donc être plaidé, l’avocat du mari, qui aurait pu s’en tenir raisonnablement à une demande de divorce, a choisi d’invoquer l’erreur sur les qualités essentielles du conjoint (article 80 du code civil), arguant qu’il y avait eu mensonge et que la situation serait la même en cas de casier judiciaire chargé ou de prostitution. Chacun appréciera la comparaison !

Les avocats sont parfois des commerçants Mais le plus révoltant c’est que le tribunal ait pu suivre son argumentation alors même que les qualités essentielles sont encadrées –elles doivent être objectivement constatées, c’est à dire conjoints de sexe différent et état civil en concordance des personnes. Le TGI a choisi de ranger la virginité au titre des qualités essentielles d’une personne, en contradiction non seulement avec la Loi mais avec l’esprit de la Loi car notre république laïque, en ses textes fondateurs, reconnaît avant tout la dignité de tous les êtres humains et l’égalité complète entre hommes et femmes.

Au niveau sociétal, Elisabeth Badinter a une fois de plus trouvé les mots justes en se déclarant « ulcérée par la décision du tribunal d’accepter de juger çà parce que la sexualité des femmes est une affaire privée et libre en France, absolument libre ».
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La philosophe estime que « çà aboutit tout simplement à faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se refaire l’hymen. Et par conséquent au lieu pour un tribunal de défendre les femmes, de défendre ces jeunes femmes, au contraire, il accentue la pression sur elles ».
Comment le tribunal d’un grand pays laïc peut-il confirmer la pression religieuse que ces jeunes filles subissent trop souvent ? comment des magistrats peuvent-ils faire prévaloir une exigence religieuse sur une règle de droit ? Et qu’on ne nous dise pas que les seules arguties juridiques les ont guidés. Les juges ne vivent pas dans un monde éthéré mais bien dans la société réelle ; ils ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs jugements, rendus au nom du peuple français, de son histoire, de ses valeurs.

Un ami bondynois rencontré samedi lors d’une fête scolaire me confiait son inquiétude de voir stigmatiser une fois de plus les musulmans. Il est vrai que le Front National a fait ses choux gras de cette navrante histoire. A mieux y regarder, cet argument ne peut être retenu. Je comprends l’inquiétude de cet ami. Nous avons tous deux énormément de respect et d’amitié envers nos concitoyens de religion ou de tradition musulmane. Suffisamment pour savoir qu’ils partagent, pour la plupart d’entre eux, notre incompréhension de cette décision.
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Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, avec sa sagesse habituelle, a lui-même évoqué l’impossibilité d’attenter pour quelque raison que ce soit à l’intimité des personnes, hommes et femmes. Pour lui, toucher à cette intimité relève du viol.
Alors si le Front National partage le rejet unanime de toute la classe politique, ce n’est pas pour les mêmes raisons. Et nous ne pouvons nous sentir liés par leur position. C’est le progrès et l’accomplissement des êtres humains qui fondent notre combat, pas le racisme et l’exclusion. Refuser de condamner l’attitude de ce mari archaïque, parce qu’il est musulman, relèverait pour moi du paternalisme, autre visage du racisme.

Je pense à cette jeune femme pour qui le mariage devait être une promesse de bonheur et au sentiment de déshonneur et de répudiation qu’elle doit ressentir. Je pense à toutes ces jeunes filles de nos quartiers populaires à qui la pression familiale fait encore obligation de virginité. Comment vont-elles traverser cela ? Va t-il falloir présenter des certificats de virginité pour se marier en France sans courir le risque d’annulation du mariage ? Et comme cette virginité peut être établie pour les femmes et non pour les hommes, quid de la discrimination qui en découle ?

Allez hauts les cœurs, en attendant que nos législateurs se chargent de protéger toutes les jeunes filles de notre pays, prenons le parti d’en rire avant que d’en pleurer. Je choisis un conseil et une histoire drôle :

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-VOUS MARIEZ PAS LES FILLES

-Pourquoi certains hommes préfèrent-ils les vierges ?
Parce qu’ils craignent les comparaisons.