lundi, 15 décembre 2008
Psychiatrie et Sarkozy
Peu repris dans les grands médias, le discours du Président de la République mardi 2 décembre à l’hôpital psychiatrique d’Antony a constitué un recul de plus pour l’humanisme dont pouvait se prévaloir notre pays, la France, en la matière depuis Philippe Pinel qui avait symboliquement libéré les malades mentaux de leurs chaînes en 1792.

Je n’oublie pas que j’ai été infirmière de secteur psychiatrique avant de reprendre mes études pour devenir sage-femme. Pratique difficile, s’il en est, auprès de personnes si difficiles à atteindre mais dans lesquelles nous devons tous nous attacher à défendre la dignité humaine. Si je me suis vite rendue compte que cette profession n’était pas pour moi, je garde une tendresse particulière pour ces hommes, ces femmes et ces enfants dont l’humanité souffrante ou décalée à néanmoins un sens.
Mais Nicolas Sarkozy n’agit pas, il réagit ! il ne raisonne pas, il joue l’émotion et les passions. Il a donc prononcé un discours, trois semaines après le meurtre d’un étudiant par un patient schizophrène de l’hôpital de Grenoble, d’annonces uniquement sécuritaires : création d’unités fermées avec vidéosurveillance, multiplication des chambres d’isolement, pose de bracelets GPS aux patients en promenade, sorties décidées par les Préfets après avis d’un collège de trois professionnels du soin au lieu d’un seul aujourd’hui … au risque de renforcer encore parmi la population, le fantasme de dangerosité des malades mentaux.

Nicolas Sarkozy n’a pas prononcé un seul mot sur le développement des soins en secteur ambulatoire, au plus près des familles de malades et de la vraie vie.

Cécile Prieur, journaliste du Monde, a raison de rappeler que les 600 000 personnes souffrant de schizophrénie sont bien moins dangereuses, en proportion, que les amants jaloux ou les délinquants notoires, et qu’ils sont eux-mêmes victimes de violences du fait de leur stigmatisation.
Mais pour notre Président du court terme et des coups de menton, un malade mental, cela ne vote pas et cela n’émeut guère, contrairement à d’autres causes plus médiatiques.

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