lundi, 21 novembre 2011
Bondy : excellence, fraternité et poésie...
Conférence Terra Nova à Bondy : Les outre-mer ont-elles encore besoin de la métropole ; la métropole a-t-elle encore besoin des outre-mer ?
C’était mercredi dernier à Bondy, avec Victorin Lurel, député de Guadeloupe et Président du Conseil Régional de Guadeloupe.
J’ai accueilli les participants, fort nombreux, à l’espace Chauzy de Bondy, en posant la problématique même de la dénomination d’outre-mer, on vit tous dans l’outre-mer de quelqu’un, d’une part ; ensuite il nous faut avoir à l’esprit la diversité des territoires concernés, la Guadeloupe n’est pas La Réunion ou Mayotte. Les métropolitains n’ont qu’une vision assez vague de l’outre-mer.
Il est curieux de n’entendre parler, depuis la métropole, de l’outre-mer qu’ en termes de dépendance et de coût quand il s’agit de territoires de la République qui bénéficient de la solidarité nationale au même titre que les régions hexagonales. Je relève la même tendance quand il s’agit de la Corse comme si la France hexagonale représentait la « mère » et que l’insularité, ce qui est coupé par la « mer », inquiétait celle-ci.

Il est vrai que les territoires d’outre-mer peuvent sembler relativement prospères à leurs voisins tentés par l’immigration. Je connais particulièrement bien la situation économique et politique d’Haïti. Mais cette prospérité, avec la multiplication des hypermarchés, est largement factice car elle repose entièrement sur les transferts de l’état et de l’Union européenne sous forme d’aides diverses ou de salaires artificiellement élevés pour les métropolitains. Pourtant nos concitoyens d’outre-mer ont, depuis les années 1990, fortement diminué leur dépendance vis-à-vis des importations, satisfaisant environ 80 % des besoins en produits alimentaires par la production locale. C’est dans ces territoires que la croissance est la plus forte de France avec 2,9 à 4,7 % contre à peine 2 % de croissance pour l’ensemble de notre pays.

L’outre-mer, comme nos territoires populaires de Seine Saint-Denis, est un atout pour la France ; ses enfants comme les nôtres ont les couleurs de demain. C’est grâce à ces territoires que la France, seul pays présent dans tous les océans du globe, est restée la deuxième puissance maritime mondiale. Une nécessité pour l’Europe aussi car les investissements de l’Union ne sont pas seulement l’expression de sa solidarité ou d’une simple politique de rattrapage. Qu’il s’agisse de la politique spatiale, maritime, de l’exploration et de l’exploitation durable des océans, de la sauvegarde de al biodiversité, de l’observation des changements climatiques ou de l’enjeu important de la diversité culturelle, l’outre-mer est aux avant-postes.
Comment conclure sans Mayotte dont les troubles de fin septembre et d’octobre ont tant à nous apprendre. Le gouvernement a voulu museler la contestation et réprimer la contestation. Mais quelle leçon de responsabilité es grévistes qui ne demandaient rien d’autre que la baisse des prix et qui ont permis de développer la solidarité entre les habitants aux situations vairées et parfois extrêmement précaires (notre système de retraite y est absent). Ce mouvement était bien plus une volonté affichée d’être considéré comme un DOM comme un autre et un département comme un autre.

En Seine Saint-Denis, le Président du Conseil Général, Claude Bartolone, a inauguré dans notre parc départemental la Maison Edouard Glissant en juillet dernier. Quand on lit Edouard Glissant, on a le sentiment qu’il parle véritablement de nous, de notre archipel séquanodyonisien aux îles multiples et diverses, de sa vitalité, de son bouillonnement, de son foisonnement. Ici, en Seine Saint-Denis, nos langues sont multiples, elles se mêlent les unes aux autres. Ici la République ne possède pas un visage unique mais des milliers et c’est de cet archipel dont nous sommes fiers.
J’ai découvert en Victorin Lurel un grand orateur, un humaniste, un historien et un philosophe. Il nous a dit l’attachement des ultramarins à la République. Il est même persuadé que les habitants de ces territoires, plus volontiers électeurs que les métropolitains, le réaffirment avec force à chaque élection. Après les fers de l’esclavage, après la dureté de la colonisation, les ultramarins ont fait le choix de rester dans la Nation France. Mais le député de Guadeloupe pense que les partis de droite largueraient bien les outre-mer « Elaguons et larguons » est leur credo et ces partis savent le bénéfice qu’ils ont à tirer des nationalistes ultramarins. Ces derniers ne sont plus attentifs à la vraie question, la question sociale. « Pas de gauche, pas de droite, je suis guadeloupéen » entend t-il souvent dire. Et Victorin Lurel de dénoncer les ravages de ce manque de courage et de lucidité politiques, cette plasticité qui fait florès avec le consensualisme mou, cette conscience politique qui disparaît. Il évoque ses concitoyens nationalistes comme empreins de ce que Raymond Aaron appelait « la satisfaction querelleuse ». Le Président du Conseil Régional de Guadeloupe évoque les bastilles à faire tomber et les chaînes qui sont souvent dans nos têtes.

Victorin Lurel pense que l’Etat français n’a pas tiré les leçons des révoltes et grèves de 2009. L’objectif qu’il continue à défendre depuis est la casse des structures de profitation avec les plates-formes de grande distribution constituées en oligopoles. Quand les produits locaux d’outre-mer passent en métropole, des taxes de 50 à 60 %, absolument injustifiées, sont appliquées. Or, les ultramarins ne veulent pas dépendre de la métropole mais aspirent à l’autosuffisance qui ne peut exister que si leurs produits sont payés au juste prix.
Après avoir répondu à de nombreuses questions et réflexions des bondynois présents, Victorin Lurel a partagé avec la Seine Saint-Denis notre conviction qu’on ne peut traiter de manière identique des situations différentes. L’équité affichée est alors de la discrimination. Et il a conclu en affirmant avec force que le seul combat qui vaille, c’est la conquête des esprits.

La semaine a aussi été marquée par de nombreuses rencontres (principale du collège Henri Sellier, responsables de l’association des familles de Bondy organisant une bourse aux vêtements à la salle Angela Davis) et réunions pour faire avancer des projets de la ville (GIP du Canal de l’Ourcq, travail avec l’établissement public foncier d’Ile de France qui assure pour la Ville le portage foncier des terrains de l’ex-RN3 et du Canal …). Matinée aussi à LCP, la Chaîne Parlementaire, autour de l’émission du Bondy Blog Café et s'est prolongée par le Magnifique concert de la Ste Cécile au cinéma André Malraux


Comme chaque année nous avons accueilli les nouveaux Bondynois, moment de convivialité mais aussi lors d'un déplacement en autocar sur la ville, nos nouveaux concitoyens ont pu découvrir leur nouvelle cité. Bienvenue à Bondy !
Rencontres au marché de la gare qui retrouvera dés le 30 novembre l'esplanade entirèrement réhabilitée.
Le vernissage de l’exposition des peintures et sculptures de Jean-François Lecomte, artiste plasticien travaillant avec des matériaux recyclés, fer et objets ferreux, qu’il assemble, tord, transforme, anime à l’aide de moteurs, de poulies et de chaînes, leur rendant vie, mouvement et poésie. Vous pouvez retrouver ces œuvres qui enchanteront petits et grands pendant un mois à l’espace Chauzy. A ne pas rater : le baby foot géant, la machine à fabriquer des chips et autres fabriques à rêves.
Et puis samedi soir, autre moment magique, le concert d’Agnès Doherty. Nous l’avions découverte dans les rues d’Avignon, lors du festival cet été, avec sa contrebasse et sa voix d’une rare pureté. Elle raconte le braconnier de Dieu, un texte de René Fallet en ponctuant son récit avec des chansons de Georges Brassens. Les deux hommes étaient amis et on retrouve la même tendresse anarchique dans leurs textes.
La magie a opéré comme en Avignon. Les spectateurs de la salle Chauzy riaient et reprenaient les chansons avec la jeune artiste, armée de sa contrebasse, qui a réussi à merveille à faire revivre l’amitié profonde des 2 copains d’abord, leur complicité d’esprit, leur immense talent et leur amour pour les mots, la poésie et la littérature.
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