mercredi, 21 décembre 2011
Vaclav Havel est mort hier.
ll est curieux de constater que certains Hommes, par la simple force de leur conscience éclairée, nous semblent immortels. Vaclav Havel ne pouvait pas partir.
André Glucksmann évoquait son ami ce matin sur France Inter. Il l’avait vu il y a un mois encore, à Prague, « ombre de lui-même » mais tellement présent au monde. A la journaliste qui lui demandait quelles étaient ses pensées depuis hier, il a répondu « on ne pense pas quand on est dans la peine ». Il a longuement évoqué le crime d’indifférence qui a toujours tenu Vaclav Havel en alerte. Il n’y aurait pas eu de goulag ni de Shoah sans ce crime-là, évoqué dans « Le rhinocéros » de Ionesco, cette carapace si insensible aux autres que nous pouvons parfois nous forger...
« Il est des choses pour lesquelles il vaut la peine de mourir », lui avait dit son ami dissident Patocka avant de disparaître. Vaclav Havel na cessé de l’affirmer aux pacifistes de l’Ouest, qui lui disaient : « Plutôt rouge que mort ! » Dans La Politique et la conscience, Vaclav Havel écrit : « Ce slogan m’effraie comme expression du renoncement de l’homme occidental au sens de la vie, expression de son adhésion au pouvoir impersonnel. En réalité, ce slogan proclame : rien ne vaut qu’on lui sacrifie la vie. Mais sans l’horizon du sacrifice suprême, tout sacrifice perd son sens. Autrement dit : rien ne vaut rien. Rien n’a de sens. »
Vaclav Havel a été Président de la Tchécoslovaquie, un Président qui a continué à penser et à agir comme doit le faire pour lui un intellectuel, de façon décalée, pour secouer les cœurs et les esprits. Son ami Milan Kundera parle de lui comme d’un homme qui avait fait de sa vie une œuvre d’art : « La vie de Havel est en effet toute entière construite sur un seul grand thème, elle n’a pas le caractère d’une errance, ne connaît pas de changement d’orientation ; cette vie n’est qu’une gradation continue et donne l’impression d’une parfaite unité de composition. De plus, Havel lui-même, me semble-t-il, modèle sa vie avec un plaisir d’artiste, comme un sculpteur sa pierre, en lui donnant progressivement un sens et une forme de plus en plus nets. » (Le Nouvel Observateur, 14 décembre 1989). Cette vie se confond, dès lors, avec l’histoire de la Tchécoslovaquie, puis, à partir de janvier 1993, de la nouvelle République tchèque. La présidence de Vaclav Havel, restaurateur des libertés à Prague, peut être résumée d’un mot : « miracle ». Havel a bâti une nouvelle démocratie, rétabli une économie naufragée par vingt années de communisme et préparé l’entrée de son pays dans l’Otan et dans l’Union européenne.
André Glucksmann pense que son ami est parti en paix. La lumière qu’il a allumée continue d’éclairer le monde.
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