mardi, 31 janvier 2012

Toute la mission de la délégation de Bondy en Palestine..

Samedi 21 janvier : Arrivée hier après-midi en Palestine pour participer aux  et découvrir Al Ram, ville de la banlieue de Jérusalem jumelée avec Bondy et Aulnay sous Bois.

Monsieur Salah Salaymeh, Maire d’Al Ram, Monsieur Abudallah Syyam gouverneur adjoint de Jérusalem, de nombreux élus d’Al Ram, des cadres administratifs  et des jeunes du Conseil des Jeunes de la Ville nous ont accueilli pour un dîner officiel. Chaleureuse allocution de bienvenue de Monsieur le Maire d’Al Ram, confirmant son attachement aux liens qui commencent à se tisser entre nos deux villes et évoquant les valeurs de la République Française auxquels il est particulièrement attaché : la Liberté, l’Egalité et la Démocratie, valeurs qu’il espère voir s’épanouir en Palestine.

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Je l’ai remercié au nom de notre délégation d’élus de Bondy et lui ai répondu que, après la visite que lui-même et des membres de son Conseil Municipal avait rendue à Bondy en octobre 2010, l’accueil d’une délégation de cadres administratifs de notre Ville au printemps dernier à Al Ram et la visite de ses propres cadres en décembre  2011, c’était bien au tour des élus de Bondy de se rendre à Al Ram pour officialiser les conditions de notre coopération. Le moment est particulièrement propice puisque nous assisterons également aux assises qui regroupent toutes les collectivités françaises qui  mènent des actions de coopération avec des villes palestiniennes.

 

Notre action est certes une goutte d’eau, une petite pierre dans l’immensité à construire mais il est de notre responsabilité de la poser. Bondy est fière de ce partenariat avec Al Ram qui revêt bien les formes attendues de la coopération : nous aidons Al Ram à structurer et à équiper son futur centre socio-culturel ; nous avons à apprendre de leur pratique éprouvée d’association des jeunes à la vie municipale quant à notre Conseil des jeunes de Bondy. Cette coopération va de soi car la Liberté et l’Egalité n’auraient pas de sens sans la Fraternité, en France bien sûr mais ailleurs dans le monde si nous restons persuadés que la France, au vu de son Histoire, a un message et des valeurs à porter.

Monsieur le Maire d’Al Ram a été heureux d’apprendre que Gilbert Roger, devenu sénateur en septembre dernier, avait été désigné pour présider le groupe d’amitié franco-palestinien au Sénat. Mohamad et Ghosheh, deux jeunes garçons du Conseil des jeunes d’Al Ram ont joué pour nous deux morceaux de musique traditionnelle palestinienne, au luth et au violon, moments d’émotion pour toutes et tous où les qualités de notre interprète n’étaient plus requises …

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Dimanche 22 janvier :

Le Maire d’Al Ram et ses élus nous ont conduit à Jérusalem pour rencontrer Monsieur Adnan Hosini. 

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Le Gouverneur de Jérusalem Est a longuement évoqué avec nous la situation géopolitique et la vie quotidienne de ses concitoyens. Il ne peut entendre parler du mur construit sur 700 kms comme d’un mur de sécurité. Si la sécurité seule était visée, ce mur aurait été construit le long des frontières de 1967, frontières reconnues par les accords d’Oslo ; ce mur qui empiète largement sur le territoire palestinien sert à protéger les colonies implantées illégalement, coupe les routes et rend la vie difficile pour les Palestiniens. Les 472 check points qui hérissent un territoire de 600 KM² ajoutent aux difficultés de circulation, empêchant parfois toute mobilité quand ils sont fermés. Le développement économique de la Palestine est entravé, mais même les simples parcours (école, hôpital …) deviennent des épreuves journalières. 

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La colonisation s’étend aux pourtours de Jérusalem, sur les collines dont l’accès n’est possible qu’aux familles des colons, mais aussi au cœur même de Jérusalem Est, en expulsant les familles palestiniennes qui auraient construit sans permis. Or, depuis 1967, aucun plan d ‘infrastructure n’a pu être proposé, les palestiniens ont donc bien été obligés de s’adapter. 

J’ai remercié Monsieur Adnan Hosini de son accueil et des aspects historiques, politiques et sociaux abordés, précieux pour nous.  Car pour mener à bien notre partenariat avec Al Ram, nous avons besoin de comprendre la complexité sociale, économique, politique de sa situation dans le Gouvernorat de Jérusalem. Il est une chose que de voir cela depuis la France, une autre que d’en constater la réalité sur place avec la brutalité physique de la présence du mur et du passage des check points ou la complexité des trajets du fait du positionnement des colonies qui fragmentent ce qui devrait être le territoire palestinien, reconnu par les accords internationaux. Je lui ai dit que notre Ville entendait œuvrer modestement, à sa mesure, dans l’effort de construction palestinienne et de paix partagée ; que nous entendions peser lors des prochaines élections présidentielles et législatives en France en 2012 pour plus d’équité et de justice en France certes mais aussi pour une plus grande clarté sur la scène internationale

Mon collègue maire-adjoint Jacques Jakubowicz a évoqué la Révolution française, la résistance au cours de la seconde guerre mondiale qui font que la France est liée à la Palestine du fait même de son Histoire et des valeurs à porter sur notre planète. Jacques parle de choc en venant en Palestine la première fois car la situation que l’on découvre est inconnue des Français : Vu de notre pays, Israël est la seule démocratie régionale alors que les Palestiniens sont des gens divisés, ne s’entendant pas, un peuple souvent terroriste. C’est pourquoi Jacques pense que les liens de coopération sont si importants, qui permettent de rapporter en France une connaissance réelle et fine, non fantasmée, de ce qui se passe ici. Jusqu’aux derniers instants, la position de la France à l’Unesco n’était pas acquise et de nombreuses pressions ont été nécessaires pour faire pencher la balance du côté du vote favorable à la reconnaissance de la Palestine. 

Monsieur Hosini a également répondu à la question de Patrick Sollier, maire adjoint, en précisant que les palestiniens, toujours désireux de construire la paix, pourraient accepter ce repli sur les 22 % de terres des accords d’Oslo si Jérusalem Est reste leur capitale. Le soutien des démocrates du monde entier est nécessaire à cet accord de paix. En deçà de cela, les palestiniens continueront de résister et ce seront les générations futures qui continueront à œuvrer à cette paix juste.

A la question de Nina Ambolet, maire adjointe, Monsieur le Gouverneur répond que les liens avec les israéliens existent et sont nécessaires, sur le plan administratif (état civil …), économique puisque les biens, droits, argent, impôts passent par le regard israélien.

Enfin, Sabrina Metayer, maire adjointe de Bondy en charge de la culture, cherchant à comprendre comment se faisait la transmission historique et culturelle auprès des enfants palestiniens dans les écoles, Monsieur le Gouverneur évoque les cursus scolaires sous regard des israéliens mais une école publique vivace cohabitant avec des écoles confessionnelles chrétiennes et musulmanes, sans difficultés.

Monsieur le Gouverneur a conclu en précisant que les jérusalémites n’ont pas de nationalité, ils ne sont ni palestiniens, ni israéliens, ni jordaniens. Ils n’ont pas de passeport et s’ils devaient en avoir un cela leur retirerait immédiatement le droit de résider à Jérusalem. Ils voyagent donc tous avec des laissez-passer. Lui-même doit demander un visa pour se rendre en Jordanie où il est né. « Nos histoires sont étranges, nous-mêmes ne les comprenons pas ». Il nous souhaite réussite dans notre projet et espère ne pas nous avoir trop déprimés.

La lucidité tranquille de cet homme nous a remués. Je l’ai assuré de notre confiance en la qualité de nos relations et de notre partenariat. Je lui ai aussi dit que nous repartirions différents en France.

L’après-midi a été consacrée à la visite du futur centre socio-culturel d’Al Ram et à la signature de l’accord de partenariat entre nos deux villes d’Al Ram et de Bondy.

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Moment solennel au cours duquel Monsieur Salaymeh, Maire d’Al Ram a encore une fois donné la preuve de sa proximité avec la culture française, de son attachement à nos valeurs, de son humanisme tout simplement. Je n’ai pu, avec mes collègues présents et au nom des bondynois, que lui redire notre admiration quant à sa retenue et à sa sagesse dans l’adversité. Aucun mouvement de haine, pas d’acrimonie, aucune généralisation, Monsieur le Maire évoque souvent ses amis israéliens qui le soutiennent dans ses projets et efforts de paix. Il est aussi capable, avec ses autres collègues élus, de légèreté et d’humour. On se sent meilleurs auprès de tels Hommes, capables de toujours voir en l’Autre, au-delà de ses différences, un peu de sa propre humanité en devenir.

Après les signatures, longue poignée de main chaleureuse entre nous deux, poursuite des échanges alors que thés à la cardamone et knafés (spécialité fromagère sucrée de Naplouse) nous étaient servis et que nous leur faisions goûter les macarons venus de Bondy. 

Je me disais que ces moments feraient partie de ceux dont on se souvient toute sa vie.

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Lundi 23 janvier 
 
Début des assises de la coopération décentralisée franco-palestinienne avec l’accueil par Khaled Osaily, Maire d’Hebron, qui nous évoque avec passion sa ville, la ville d’Abraham, vieille de plus de 6 000 ans. Hebron la résiliente qui résiste à la l’occupation et veut construire la paix. Monsieur Osaily confirme à quel point le soutien politique et financier de la France est précieux pour la Palestine, témoin de l’amitié profonde qui nous lie. Le vote favorable de la France pour l’adhésion de la Palestine à l’Unesco était attendu et n’a pas déçu.
Après lui, c’est Henri de Raincourt, Ministre de la coopération, qui a évoqué les liens de la France avec la Palestine dans un discours assez convenu mais insistant sur l’importance de la prise en compte de l’eau dans les accords de partenariat. Puis Monsieur Salam Fayyad, Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne précise avec humour que les Français ont toujours été heureux de le recevoir sous le soleil mais que lui est heureux de nous accueillir par ces jours pluvieux, car l’eau est en effet un enjeu fondamental pour son pays.

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Michel Delebarre, Sénateur et Président de Cités Unies France, a adressé à tous des paroles poignantes, évoquant le dynamisme de la coopération franco-palestinienne qui dépasse les habituels clivages politiques français. Ceci est une force qui nous devons au réseau qui s’est développé autour de Cités Unies France, pour la Palestine au travers du RCDP, Réseau de Coopération Décentralisée en Palestine. Mais pour une coopération qualitative, il faut être deux et la diplomatie des villes françaises et palestiniennes est une diplomatie volontariste, pleine d’espérance et d’ambition. Michel Delebarre rappelle l’accueil des Maires de Cisjordanie et de Gaza à Dunkerque et 2002 et invite d’ores et déjà à une rencontre Dunkerque + 10,  fin 2012 en France afin de traduire la détermination des collectivités locales françaises à continuer d’œuvrer en Palestine. Car si la légitimité d’un Etat se jauge à sa reconnaissance sur la scène internationale, elle s’apprécie aussi à sa capacité à prendre en charge ses responsabilités sur son territoire au bénéfice de ses habitants. Cités Unies France sera toujours aux côtés des Palestiniens pour aider à la structuration des services publics locaux. Dans le même temps, la coopération économique parait primordiale et l’ancien Ministre salue le dynamisme palestinien en la matière, le taux de croissance annuel en témoigne, malgré les difficultés. L’enjeu de la coopération est donc d’accompagner ce dynamisme. Michel Delebarre parle de trois piliers sur lesquels s’appuyer, le militantisme, le pragmatisme, l’intérêt supérieur et le respect mutuel. Il se félicite enfin de l’adhésion de la Palestine à l’Unesco et confirme notre soutien en faveur d’une Palestine libre, démocratique et souveraine, vivant en paix auprès de ses voisins, et parmi eux, le plus proche, Israël. Mardi soir, à la clôture des assises, la présence de Mahmoud Abbas affichera la volonté farouche des collectivités territoriales françaises et palestiniennes de prendre en main collectivement leur destin et de poursuivre sur la voie de la coopération.
Le dernier à nous accueillir, Claude Nicollet, évoque la prochaine étape après l’Unesco, l’adhésion de la Palestine à l’ONU. Le Président de RCDP évoque un peuple palestinien qui cherche son chemin vers la liberté et l’indépendance. Quand ce jour viendra, nous serons heureux, tout simplement heureux, de nous dire que nous y sommes un peu pour quelque chose. Malgré l’occupation, la colonisation, la fragmentation territoriale, la présence du mur qui complique considérablement la vie quotidienne, la Palestine résiste et même avance. En ce début d’année, Claude Nicollet forme lui aussi des vœux d’une Palestine libre, démocratique et souveraine, vivant en paix au Proche-Orient, traversé par trop de guerres depuis fort longtemps.
L’après-midi fut consacrée à l’intervention de plusieurs experts, représentants d’ONG et élus français ou palestiniens autour des thématiques de la situation dans les territoires palestiniens occupés, l’importance du patrimoine et de la culture, le soutien des institutions palestiniennes par le développement économique, le développement local par la société civile, les femmes, les jeunes. Les bondynois se sont répartis dans les différents ateliers de travail afin de pouvoir échanger ensuite sur l’ensemble des sujets.
Réception officielle de l’ensemble des élus dans la soirée au Consulat de France à Jérusalem. Echanges entre nous sur nos projets respectifs de coopération, rencontres avec François Lamy et Michel Delebarre aussi.

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Mardi 24 janvier :
Nous avons rejoint les assises en fin de matinée après avoir visité la basilique de la nativité à Bethléem. Intensité de ces moments où nous découvrions tous pour la première fois, guidés par nos amis palestiniens, l’édifice religieux, dont l’espace est partagé entre les églises grecque, arménienne et catholique . Construit sur l’emplacement du lieu de naissance de Jésus, on accède à la basilique par une porte basse, incitant à l’humilité  A Bethléem, les autorités palestiniennes gèrent sans aucun souci la présence du berceau de la chrétienté.

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Les thèmes abordés lors de cette deuxième journée des Assises étaient la coopération de l’Europe en Palestine et l’eau et l’assainissement. Hind Khouri, ancienne ambassadrice de la Palestine en France n’avait pu nous rejoindre. Nous avons particulièrement apprécié l’intervention de Marie-Pierre Bresson. . L’adjointe de Martine Aubry à Lille a expliqué que sa ville avait deux partenariats, un avec une ville d’Israël et un autre avec Naplouse, en Cisjordanie. Elle défend ce choix comme la volonté d’assumer la part de responsabilité des européens dans le conflit actuel et bâtir une culture de la paix à Lille, ville riche de ses diversités mais dans laquelle le conflit israélo-palestinien résonne. Lille a aussi décidé de rassembler d’autres villes européennes désireuses de coopération avec Naplouse. Plusieurs villes  travaillent donc ensemble et renforcent  l’action sur place. Lille croit en matière de coopération à l’efficacité des réseaux et a donc rejoint Cités Unies France mais aussi le réseau européen pour la paix au proche orient et Euro Naplouse initiée par Dunkerque.
Euro Naplouse euro.jpg est composé de villes écossaises, norvégiennes, italiennes et françaises. Le réseau permet d’œuvrer plus fortement, de coordonner les actions, de les mutualiser et de donner à voir une opinion publique européenne en faveur de la paix et de la coopération. L’extension du dispensaire a par exemple été cofinancée par les villes de Dundee en Italie et de Lille. Au printemps dernier, les représentants de 80 villes européennes se sont réunis à Naplouse pour définir le schéma directeur du développement urbain à Naplouse. Ils ont aussi travaillé à l’élaboration d’une exposition commune dans chacune de leur ville.
Madame Bresson est persuadée que les collectivités sont le premier niveau de la démocratie, capables de porter une parole politique pertinente en faveur de la paix.
Hubert Julien Laferrière, Vice-président du grand Lyon, a témoigné du travail d’échange entrepris auprès de jeunes palestiniens et israéliens. Les palestiniens ont pu faire comprendre aux israéliens la réalité de leur vie quotidienne. Il défend aussi que la coopération entre les villes palestiniennes et les villes européennes est légitime car leurs compétences sont les mêmes et les échanges de pratique sont donc à la fois essentiels et pertinents. Mais l’enjeu politique est aussi important. La coordination des actions des villes au niveau européen, voire mondial, est une valeur ajoutée de l’action des acteurs locaux entre eux. Elle est aussi le moyen de reconnaissance de ces actions au niveau international. Ce n’est qu’ainsi que les collectivités pourront mobiliser les moyens importants qui existent –Association Française pour le Développement, Union Européenne, Banque mondiale-.  Actuellement, des fonds importants sont disponibles à Bruxelles comme ceux du partenariat pour la paix.
Mais tous ces efforts ne doivent pas, pour l’élu du grand Lyon, nous dédouaner de l’engagement politique fort pour l’indépendance du peuple palestinien.
Hasan Saleh, maire de Jéricho, affirme que la coopération décentralisée doit emmener aussi avec elle des villes israéliennes. Des études d’opinion montrent que la majorité des israéliens acceptent l’idée d’un Etat palestinien même s’ils butent plus ou moins consciemment sur la question de Jérusalem Est comme capitale ou sur le traitement de la question des réfugiés.
Enfin Pierre Schapira, adjoint au Maire de Paris, constate qu’il y a consensus des collectivités locales françaises présentes en faveur de la création d’un Etat palestinien. Il confirme que des fonds importants existent pour les actions de coopération mais il nous faut mobiliser ces fonds pour les collectivités palestiniennes et pour nos propres collectivités dans le cadre de ce partenariat.
L’après-midi était consacrée à la visite de la vieille ville d’Hébron, visite qui n’avait rien de touristique. Hébron est une ville coupée en deux par la colonisation. Partout, dans chaque quartier, dans chaque rue, il y a intrication des maisons palestinienne et israélienne. Ce qui pourrait aboutir à une forme de vivre ensemble en est très éloigné : barrières métalliques, clôtures de barbelés, réservoirs empilés et emplis de béton, tout n’est que séparation, repli, claustration et méfiance . Les voitures militaires roulent à toute allure dans des rues pleines d’enfants,  la peur est palpable et nous avons vécu nous-mêmes des moments de tension extrême lors d’un passage de « frontière ». Anouar, Président de France Hébron,

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 nous a guidés par les dédales de rues souvent grillagées au-dessus des têtes pour éviter les jets de produits et déchets divers provenant des fenêtres des colons et dirigés vers les rues et maisons palestiniennes. Les maisons palestiniennes qui sont à la jonction des maisons des colons voient ériger sur leur toit déambulations et tours de guet. Anouar nous a aussi confié que les palestiniens, confrontés à cet apartheid, se repliaient dans une forme de désespérance résignée, une revendication identitaire et religieuse, que lui n’avait pas connue enfant. Sa mère, ses tantes n’ont jamais eu le souci de se voiler par exemple. La pratique est maintenant quasi générale à Hébron. De l’autre côté, les colons passent pour être les plus extrémistes des territoires occupés et nous en avons eu plusieurs manifestations au cours de l’après-midi. Ils refusent tout autant la présence palestinienne dans la ville que les lois et règlements d’Israël en ce qui concerne le partage de la ville. Les décisions de la cour suprême israélienne rétablissant les palestiniens dans leurs droits ne sont jamais appliquées du fait de leur opposition systématique et physique sur place.

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Eprouvés, nous avons gagné la ville de Ramallah pour la séance de clôture de ces 3èmes assises. Accueil par Madame Janet Khouri, Maire de Ramallah, intervention du Consul de France à Jérusalem et discours de conclusion par Monsieur Hasane al Arage, chef de cabinet du Président de l’Autorité Palestinienne. Mahmoud Abbas devait clore nos assises mais il a du se rendre à Moscou et n’a donc pas été présent. Il avait cependant confié un message à notre intention. Paroles mesurées et responsables qui oscillaient entre la lucidité de la raison et l’espoir toujours présent au cœur des Hommes, que nous étions censés symboliser par notre présence.  Le repas nous a permis de retrouver Monsieur Salah Salaymeh,)Maire d’Al Ram et ses élus, Suhiel, Assad et Fadwa que nous avons appris à mieux connaitre et à apprécier au cours du séjour. Le repas s’est achevé autour de danses traditionnelles d’enfants palestiniens. Filles et garçons tournaient et sautaient sur un rythme très enlevé ; les costumes et la musicalité n’étaient pas sans rappeler les mêmes traditions israéliennes. Les adultes les laisseront-ils s rencontrer un jour ? 
 
Témoignage de Jacques Jakubowicz, maire-adjoint de Bondy, en délégation avec moi en Palestine :
 
Al Ram est un caillou sous la semelle de l’occupation israélienne. Marcher dessus, tenter de l’écraser ne font que l’incruster et rendre son expulsion plus dure encore. Pour affaiblir les palestiniens qui y vivent, les isoler, les diviser, un mur de 8 mètres de haut surmonté de barbelés et flanqué de miradors truffés de caméras a été dressé autour d’Al Ram. Des check points ont été positionnés, sur les hauteurs, des colonies accessibles par des routes de contournement réservées aux colons défigurent un territoire en devenir d’Etat et crée des zones de non-droits pour les palestiniens chez eux. Tout est difficultés, mépris, tracasseries, privations, aucun domaine n’est épargné : éducation, santé, culture, hygiène, démocratie, urbanisme, logement. Bon nombre de membres de notre délégation connaissait cette réalité avant de venir mais personne ne revient indemne de la confrontation avec ce réel. A Les vivre, même de manière éphémère et fragmentée, cette occupation et cette oppression permanentes n’ont rien à voir avec la connaissance livresque aussi proche de la réalité soit-elle.

Mais l’expérience vécue, c’est aussi la découverte de ce peuple palestinien, accueillant, solidaire, lucide, qui met un point d’honneur à montrer que l’ennemi n’est ni l’israélien, ni le juif, mais l’occupation et la politique de la droite et de l’extrême-droite du gouvernement israélien. Ici tout un peuple ne parle que d’une chose : la Paix. Une paix juste pour un état indépendant  et libre. Ils comptent sur nous pour faire bouger les lignes internationales et imposer à Israël le strict respect du droit international. C’est dans ce contexte que nous développons une solidarité active avec la coopération décentralisée pour aider Al Ram à vivre mieux pour vivre tout court. Nos deux maires sont engagés sur la construction d’un centre socio-culturel et chacun est fier de cette avancée qui va en appeler d’autres dans les échanges entre jeunes, femmes, artistes ou sportifs. 

Mercredi 25 Janvier:

Visite de Jérusalem, Holyland, la terre sainte. On l'a lu, appris, entendu, mais cette fois nous y sommes. L'esplanade des mosquées, le mur des lamentations, le Saint-Sépulcre,  pierres blanches qui pourraient nous raconter la foi et la folie des Hommes. Résonnances multiples, sentiments mêlés, trouble et émotion, sérénité parfois, pesanteurs aussi, cœur et conscience touchés par l'Histoire humaine. Et toujours, partout, les séparations, les exclusions des uns puis des autres.

Retour à Al Ram pour le dîner officiel offert par la Municipalité aux villes de Bondy et d’Aulnay-sous-Bois. Discours de remerciements du Ministre des collectivités locales et du Maire d'Al Ram, nous demandant de porter au dehors ce que nous avons compris de la situation en Palestine. Gravité tranquille de l’un et de l'autre pour rappeler les liens qui unissent la France à ce morceau de terre, au bout de la Méditerranée. Grande culture de ces hommes qui évoquent les Lumières, la Révolution française, Lamartine et Victor Hugo, qui nous rappellent que les Palestiniens sont divers, musulmans ou chrétiens mais que tous aspirent à vivre sur une terre où ils auraient les mêmes droits.

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J'étais très émue en gagnant à mon tour le pupitre. Au nom des élus bondynois présents, au nom de notre Ville, il me fallait leur confier que nous avions des valeurs, de paix, de fraternité et de justice, et une lecture de la situation avant de venir en Palestine. Nous repartons avec les mêmes valeurs mais ces 6 jours nous ont fortement ébranlés dans nos certitudes. Le Recteur de l'Université Al Qods, à Jérusalem, vient d'écrire un livre où il se montre sceptique sur la création de deux états. L'avenir irait plutôt, selon lui, dans le sens d'un Etat où tous vivraient ensemble, selon deux scénarios : soit acceptation du principe un Homme, une voix et Israël perdrait au bénéfice du nombre, soit la reconnaissance de tous les droits aux Palestiniens sauf le droit de vote, et Israël perdrait sa démocratie. Leur redire que nous souhaitons tous un Etat palestinien libre et démocratique mais que nul ne sait ce que sera l'avenir. Ce que je sais en revanche, c'est que nous serons à leurs côtés, quel que soit leur destin, et qu'ils font le seul choix humainement possible : l'affirmation de leur présence tranquille, de leurs capacités de gestion, en gérant leurs villes, en y développant des services publics au bénéfice de leurs concitoyens. Tout autant que la reconnaissance sur la scène internationale, ces actions-là apportent une véritable légitimité. 

 

Bondy continuera de coopérer avec Al ram, par l'organisation et l'équipement de son centre socio-culturel, les rencontres entre les jeunes de nos deux villes, le travail entre associations qui œuvrent ici et là-bas, notamment en faveur des femmes et de l'environnement. Ces constructions d'actions communes sont importantes pour les habitants de Bondy et d'Al Ram et dans le même temps, elles nous construisent nous-mêmes. C'est bien pour cela que les élus et collaborateurs de Bondy repartiront demain en France, un peu différents des personnes qu'ils étaient en venant en Palestine. Affirmer ce en quoi je crois, que l'important n'est pas le but mais le chemin et nous y marcherons ensemble.

 

En conclusion, pour tout cela, pour cet avenir commun, c'est à nous de les remercier.

 

Gérard Ségura, Maire d’Aulnay-sous-Bois, est intervenu à son tour, montrant sa grande connaissance de ce pays, où il vient pour la troisième fois, et de son histoire, rappelant aussi les liens tissés entre Al Ram et sa ville. Une jeune fille du conseil des jeunes a expliqué avec force et fraîcheur le bonheur qu'elle avait à correspondre avec des jeunes de Bondy, et à préparer son Bafa grâce à l'aide d’Aulnay-sous-Bois. Puis comme samedi soir à notre arrivée, Mohamed a sorti son violon et l'a fait chanter, gémir, pleurer avec des musiques de sa composition ou d'autres héritées du répertoire de Fayrouz ou d'Oum Kalthoum.

 

 

 

 

 

Ce jeune violoniste étudie au conservatoire de Jérusalem et est engagé dans le Conseil des jeunes d'Al Ram.

 

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J'espère que les bondynois auront le plaisir de l'entendre lors de la venue des jeunes du Conseil dans notre ville. J'ai aussi pu converser au cours du repas avec Ali M, qui a passé 31 ans en prison pour des actions militaires commises quand il avait 20/22 ans. L’homme reconnait les faits mais n’est évidemment plus le même. Incarcéré, il a tenu à apprendre l’hébreu « pour comprendre l’Autre », a passé des diplômes universitaires de sciences politiques et écrit un livre. Une belle lumière dans ses yeux, une force tranquille, aucune haine.

 

Jeudi 26 janvier : 

 

Bouclage des valises, nous quittons Bethléem pour un dernier passage à la Mairie d’Al Ram. Au revoir à tous les élus et collaborateurs de la Ville et nous rejoignons l’association Sunflower et sa dynamique présidente, Fadwa Khader, amie de longue date de Jacques Jakubowicz, maire-adjoint de Bondy.

 

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Fadwa est une femme qui force l’admiration, une de ces femmes pour qui rien n’est impossible. Constatant le déboisement des terres et l’amoncellement des déchets, elle organise leur recyclage et leur valorisation. Tissus, papier, végétaux, le tout devient carnets écologiques, cartes et enveloppes pleines de poésie ou sachets pour limiter l’utilisation des sacs en plastique. Dans le même temps la vente de ces produits assure un revenu aux femmes d’Al ram. Nous prenons date pour des rencontres ultérieures avec des associations bondynoises et la vente de cet artisanat sur Bondy.

 

C’est l’heure du départ. Silence dans la voiture qui nous emmène à l’aéroport Ben Gourion à Tel Aviv. Un peu de nous restera à Al Ram et nous donnera l’énergie de faire mûrir notre partenariat, de lui donner force et vigueur dans les années qui viennent.

 

Dans l’avion, je me disais que j’avais compris à quel point il ne fallait pas réduire le conflit israélo-palestinien à une guerre de religions. C’est bien d’autre chose qu’il s’agit. Un conflit territorial du fait de la non application des règles internationales. Tous les israéliens ne sont pas les colons exaltés que nous avons pu croiser à Hébron. En Palestine, musulmans, chrétiens et athées vivent ensemble les mêmes difficultés face aux colons et veulent pareillement vivre dignement sur cette terre. Ils sont soutenus par de nombreux israéliens dont ils sont devenus amis.

 

Toujours tenir à distance la pensée unique, si confortable, mais approcher la complexité. C’est seulement ainsi que nous pourrons ne pas ajouter nos propres préjugés, nos intolérances et ajouter des barrières et des murs sur une terre qui n’en connait que trop. Le manichéisme ne sera jamais porteur de paix.

 

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons ensemble comme des idiots », mots de Martin Luther King qui résonnaient en moi dans l’avion du retour.

 

 Témoignage de Sabrina Metayer, Maire-adjointe de Bondy.

 C’est l’histoire d’un mur, des murs. Ceux de l’indifférence, de l’intolérance, de l’insupportable. C’est l’Histoire des peuples, d’un peuple, des palestiniens qu’ils soient chrétiens, musulmans ou athées. Ce sont des femmes et des hommes comme les autres. Lorsqu’ils saignent, la couleur de leur sang est la même que le nôtre. Lorsqu’ils survivent, leur cœur bat au même rythme que le nôtre…Peut-être s’accélère-t-il au passage des check-points…L’aspiration de ce peuple est simple et légitime : être libre. Libre de circuler bien sûr, mais surtout libre de vivre dignement, tout simplement. Mais la liberté de penser, d’espérer, de s’exprimer, cette liberté qui les fait rester debout, existe bel et bien en chaque palestinienne et chaque palestinien que nous avons eu la chance et l’honneur de rencontrer.

 

Les belles rencontres furent nombreuses : artistes, professeurs, serveurs, étudiants en sciences politiques, ingénieurs, employés de bureau, médecins et musiciens…

 

La Palestine est riche de tous ces talents qui considèrent que l’Education, la Culture et le sourire sont les meilleures armes face à l’oppression. Et c’est cet état d’esprit qu’ils nous demandent de retenir. Ils ne veulent pas qu’on les plaigne, qu’on les victimise. Ils sont debout et le resteront envers et contre-tout. Et lorsqu’ils pleurent, parce que cela leur arrive, ce ne sont pas que des larmes de souffrance et de tristesse. Ce sont aussi, d’abord, celles de la fierté, la fierté de résister. Comprendre et être dans l’action. Ils ont des idées et des projets à faire vivre. En tant que témoins de leur Histoire, ils souhaitent que nous soyons des rapporteurs de ce que nous avons vu, ressenti, vécu, perçu…Nous nous devons d’être des ambassadeurs de leurs paroles et de leurs aspirations.

 

Telle est notre responsabilité aujourd’hui : nous battre contre la pensée unique.

 

C’est ce que nous allons faire à Bondy. Témoigner bien sûr, mais les accompagner et agir aussi. Agir pour le bien être des habitants, pour rendre le plus ‘normal possible » leur quotidien, pour offrir des espaces d’expression et de créations tout en soutenant le développement des services publics. Ainsi, nous les accompagnons dans la création d’un centre socio-culturel à Al ram-Jérusalem Est, notre ville amie.

 

Nous avons toujours cru que l’Education et la Culture étaient des leviers importants à l’émancipation citoyenne. C’est une véritable aventure humaine dans laquelle la ville de Bondy s’est engagée avec pour objectif l’intérêt général de tous les citoyens d’Al Ram et de Bondy. Pour Sajida, mon amie restée en Palestine, Pour Muhaned, Mohammed et tous les autres, je participerai activement à la construction de ce pont entre nos deux villes, nos cultures, nos populations.

 

Et comme nous l’a dit Issa, notre dernière belle et merveilleuse rencontre la veille de notre départ : « Si tu dis la vérité, tu n’as rien à perdre mais si tu mens, tu te perds toi-même. »

 

Alors, je vous dirais la vérité : c’est l’histoire d’un mur, des murs…


Ma mission en Palestine, de Nina AMBOLET



Jeudi 26 janvier – 14h00 - Départ d’Al Ram : Sur le chemin du retour, la première phrase qui

me vient à l’esprit est :

«Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité »

Al Ram, ville de Palestine où les habitants sont comme des arbres qui disparaissent peu à peu, que l’on fait mourir en les privant d’eau et de travail. Les autorités locales n’ont que peu de pouvoir pour travailler et développer les services à la population. En effet, comment gérer un territoire lorsque celui-ci est divisé et sous contrôle de

l’armée israélienne. Le début d’une rue est ainsi classé en Zone B, c'est-à-dire que les autorités palestiniennes peuvent administrer mais pas sécuriser, et que la fin de cette même rue est en zone C c'est-à-dire sous contrôle total de l’armée. C’est ainsi que certains travaux peuvent être réalisés sur un morceau de trottoir mais pas sur celui d’en face. C’est ainsi que l’on construit un Mur devant la vitrine des magasins obligeant les commerçants à fermer boutique, que l’on monte des barbelés le long de la rue menant aux écoles rendant presque impossible l’accès à certains services pour celles et ceux restés de l’autre côté du Mur…

Et comment assurer la sécurité quotidienne des citoyens quand la police palestinienne n’a pas le droit de pénétrer dans certains quartiers de la ville ?

C’est ainsi que j’ai découvert une ville en chantier, des chantiers qui attendent les

autorisations des uns et des autres pour avancer. Une ville désolante, prise au piège par ce Mur. A cette complexité de gestion de l’espace public, les élus locaux doivent faire face à une urgence environnementale pouvant avoir des conséquences catastrophiques sur la santé publique. Les difficultés à organiser les travaux de voirie selon la zone B ou C conduisent à un mélange des eaux usées, des eaux de pluie et de l’eau potable. 

La vigilance est permanente.

Que les choses soient claires : pour tous les Palestiniens que nous avons rencontré, l’ennemi n’est ni juif ni israélien. Ce n’est ni plus ni moins qu’une question d’occupé et d’occupant. C’est bel et bien du Colon dont il s’agit. Celui qui s’installe où bon lui semble et impose la confiscation des terres pour des raisons de sécurité. En effet, des zones de sécurité sont systématiquement déployées dès lors qu’une

colonie se développe. Et même lorsque la Cour suprême israélienne estime illégale

l’installation d’une colonie, les colons n’en ont que faire. Ils ne bougeront pas.

Terres, maisons, routes sont ainsi confisquées et sous contrôle de l’armée.

Plus d’un million d’arbre ont été arrachés pour permettre la construction du Mur, des colonies et des zones de sécurité. Ces terres si belles sont devenues déboisées et arides, devenues un dépotoir pour pneus ou ordinateurs qui, après récupération du

cuivre, sont brûlés polluant l’air et les terres. Les arbres sont malades et les habitants aussi.

Les bâtiments démolis par les colons hébergent des meutes de chiens errants.

Les palestiniens sont exclus derrière un mur. Ce mur qui rend ave

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