mardi, 13 octobre 2009
Les Robins des bois de Neuilly-sur-Seine
Les Robins des bois de Neuilly-sur-Seine
Vendredi 09/10/2009 | Posté par Yacine Djaziri (Bondy Blog)
EDITO. A propos de la nomination de Jean Sarkozy à la tête de Etablissement public d’aménagement de La Défense.
Oyez, oyez, braves gens, notre vénéré monarque Nicolas 1er vous informe que son fils Jean âgé déjà de 23 ans, prendra la présidence de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de La Défense) le jour de grâce du 4 décembre 2009, selon son bon vouloir et afin d’assurer politiquement sa noble descendance. C’est ainsi ou à quelques termes près que l’annonce eût été prononcée au Moyen-âge par un crieur public.
Si les moyens de communication ont évolué, les pratiques politiques, malheureusement, pas vraiment : pour prendre conscience de la chose, il faut savoir que l’EPAD gère et aménage avec ses 110 salariés les 160 hectares de La Défense, considérée comme le premier quartier d’affaires européen. En clair, vous avez tous le gotha mondial de l’économie et de la finance qui frappe quotidiennement et le plus souvent obséquieusement à votre porte pour saluer le Maitre des clefs.
Mais peut-on raisonnablement en vouloir à un père, un rien népotique, d’être effrayé par le risque de déclassement cher au sociologue et économiste Eric Maurin, qui jauge dans son dernier ouvrage (« La peur du déclassement », Seuil) « la réussite sociale à la conquête d’un statut irréversible » ? D’autant que les croisades déjà engagées par l’héritier en titre sont d’une haute noblesse. ’en veux pour preuve sa volonté farouche de vouloir enfouir l’innommable N13 qui traverse sa belle et délicieuse bourgade de Neuilly-sur-Seine pour la modique somme de 800 millions à 1 milliard d’euros, budget prévisionnel selon préfecture des Hauts-de-Seine

J
Certaines langues pleines de fiel rappellent que c’est l’équivalent d’une année de financement de l’aménagement ANRU pour l’ensemble de nos quartiers populaires ou encore, qu’avec ce montant, on pourrait construire plus de 50 000 logements sociaux supplémentaires, source de création ou de maintien de 50 000 emplois, selon les chiffres de l’Union sociale pour l’habitat. Mais c’est oublier un peu trop vite la terrible souffrance des Neuilléens victimes d’horribles nuisances sonores. Alors, oui, osons l’affirmer par soucis de justice sarkozyenne et avec la force d’un Robin des bois possédé par le Malin : il faut savoir prendre aux pauvres pour donner au riches et brulons ce Saint-Graal de pacte républicain.
Autre noble quête engagée par notre Dauphin : la présidence du Conseil général des Hauts-de-Seine, le département le plus riche de France, qui cette année s’est vu restituer dans le cadre du bouclier fiscal à nos braves 546 seigneurs altoséquanais les plus fortunés, un montant béni de 78 millions d’euros.
Gageons sans torturer quelques méchantes sorcières diseuses de bonne aventure qu’avec les présidences à venir de l’EPAD, regroupé manu militari avec l’EPASA (Etablissement public d’aménagement Seine-Arche, dirigé par le maire communiste de Nanterre), celle promise de la présidence du Conseil général du 92 et en réalisant son fier
tunnel sous la N13, notre bon Jean sera maire et député à vie de la bourgade de Neuilly-sur-Seine et plus si l’histoire bégaye…
Si vous pensiez vilainement que c’était le but recherché, c’est bien méconnaitre les chastes desseins républicains de notre monarque/président qui établit le mérite et le travail comme piliers de son œuvre politique. C’est pourquoi je me suis permis, afin de faire taire définitivement les mauvaises langues de dragons, de lui porter les lettres de noblesse (CV) de Mamadou, 25 ans, habitant seulement mon modeste hameau de Nanterre mais possédant un DESS en droit, féru de politique depuis son plus jeune âge et désirant lui aussi avoir quelques heureuses opportunités de carrière (voir la pétition sur Facebook à ce sujet). Promis, je vous tiens au courant…

15:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 11 octobre 2009
Coup de gueule !!!
Cela fait maintenant deux semaines que je ne décolère pas à propos de l’affaire Polanski et de la réaction de notre Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, homme de droite bien éloigné de son illustre oncle.

« Selon que vous êtes puissant ou misérable » écrivait déjà La Fontaine au 17ème siècle, « les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Les médias et l’intelligentsia des deux rives forment la cour de nos temps modernes. Qu’a-t-on entendu de ce côté-là ?
- une incompréhension sur le fait que Roman Polanski ait été arrêté 30 ans après les faits. Comme si le crime n’avait pas eu lieu car le temps a passé …
- une insistance indécente sur le fait que la victime a retiré sa plainte, sans jamais évoquer que cette femme subit des pressions inadmissibles depuis des années pour le faire.
- Une évocation hors de propos du fait que Roman Polanski est un artiste 
brillant. Certes mais que ferait-on d’un garagiste ou d’un dentiste tout aussi brillant dans leur métier ? Ne les poursuivrait-on pas ?
- Des propos plus que déplacés de notre Ministre de la Culture, évoquant « une affaire de mœurs » alors qu’il s’agit du viol d’une fillette de 13 ans. Frédéric Mitterrand a ajouté que cette histoire « n’avait aucun sens ». Quand il a été attaqué sur ses propres écrits, il s’est défendu en précisant que son livre n’était pas autobiographique. Ses lecteurs ne semblent pas l’avoir compris ainsi tant réalité et supposée fiction y seraient intimement mêlées.
- Des commentaires tout aussi affligeants de nombre d'hommes politiques, la gêne de ceux de droite bien sûr, mais aussi cette réaction du "libéral" Daniel Cohn Bendit, suite à la condamnation de Frédéric Mitterrand par Bruno Hamon, Porte-Parole de Martine Aubry et du Parti Socialiste. "Il faudrait bien que Monsieur Hamon s'excuse ...".
- Une banalisation du viol : la victime paraissait plus que 13 ans (sic !), était souvent photographiée, consentante lors des faits. La nausée me gagne : qu’est-ce que le consentement d’une enfant de 13 ans dont il a été prouvé qu’elle avait été droguée et alcoolisée ? Cela m’a rappelé la défense déployée par des violeurs en procès d’assises dans notre beau pays « elle portait une mini-jupe, elle n’avait pas de soutien-gorge … »
- Le fait que ces mêmes commentateurs fassent gorge chaude de la position du Front National sans évoquer jamais celle d’associations comme La Voix de l’Enfant. Un soutien gênant peut sans doute affaiblir la cause. Il n’empêchera jamais les citoyens consciencieux de partager le bon grain de l’ivraie. Ce ne sont pas les stratégies populistes du FN qui rendent cette cause moins juste !

Loin de ces commentaires, ce qui me rassure c’est la réaction pleine de bon sens des milieux non autorisés. Les français ne se sont pas laissés prendre à ces arguties, conscients sans doute que la banalisation d’un crime est le signe le plus évident des décadences des sociétés.
Je ne souhaite pas que Roman Polanski soit maltraité. D’une part l’homme a sûrement changé depuis 30 ans. D’autre part, le pays qu’il a fui est (redevenu) une grande démocratie. La Justice doit passer pour permettre peut-être à cette femme d’être reconnue dans sa souffrance, sa non culpabilité, et ainsi de se reconstruire vis-à-vis d’elle-même et de ses proches. Je fais confiance à cette Justice pour permettre aussi à Roman Polanski de poursuivre son œuvre après le procès, fort lui-même de l’humanité supplémentaire qu’il aura su y puiser.
Je tiens à remercier Ernestine Ronai et Henriette Zoughebi, que je connais bien toutes deux, pour le bel article qu’elles ont écrit la semaine dernière au sujet de cette triste affaire.
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Affaire Polanski.

Affaire Polanski. Ne laissons pas banaliser le viol d’enfants
Par Ernestine Ronai, militante féministe, et Henriette Zoughebi, conseillère régionale d’Île-de-France.
L’affaire Polanski ne révèle-t-elle pas des préjugés sur l’agression sexuelle ?
Féministes, militantes de l’éducation et de la culture, c’est avec consternation que nous entendons des artistes et des responsables politiques s’indigner de l’arrestation de Roman Polanski qui, durant trente-deux ans, a fui la justice des États-Unis. Ceux-là semblent faire bien peu de cas de l’adolescente de treize ans à laquelle le présumé violeur de quarante-trois ans n’a jamais permis de confrontation devant la justice, étape importante à la réparation d’un viol, à laquelle il n’a même jamais présenté d’excuses publiques pour son acte et ses conséquences. « Arrestation épouvantable pour une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », s’indigne le ministre de la Culture, relayé par le ministre des Affaires étrangères, ancien champion des causes humanitaires.
D’autres, à l’instar de Jack Lang, demandent la « liberté pour ce grand créateur ». L’oeuvre de l’artiste, son talent, sa notoriété ne peuvent être invoqués ici quand c’est la responsabilité de l’homme, ses actes qui sont en cause. Les mêmes oublient qu’il y a une victime. Des voix du monde entier ne comprennent pas la position de ces représentants officiels de la France. Ce que révèle de manière fulgurante cette tragédie, c’est la grande tolérance sociale dans notre pays à l’encontre des agresseurs sexuels, qui banalise en faits divers les agressions sur des mineur(e)s, et ce jusqu’au sommet de l’État et dans les milieux les plus policés de notre société. Comme le demande le collectif Élu(e)s contre les violences faites aux femmes, ECVF (1) : « À quoi bon alors toutes les campagnes gouvernementales pour inciter les femmes victimes de violences à porter plainte ? À quoi bon tenter de responsabiliser les individus en leur expliquant que les violences faites aux femmes concernent toute la société ? Qu’il revient à chacun et à chacune de ne pas fermer les yeux sur des violences dont ils pourraient être témoins ? Que ne pas signaler des agressions sexuelles sur enfant relève de la non-assistance à personne en danger ? » Tous les préjugés sur le viol ressurgissent à l’occasion de cette affaire : elle aurait été consentante, il s’agirait d’une simple relation sexuelle, elle l’a un peu cherché… Pourtant, comment invoquer honnêtement un quelconque consentement dès lors qu’il s’agit d’un adulte à l’encontre d’une enfant de treize ans, sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, posant comme modèle pour lui ? Alors que la France s’apprête à célébrer les vingt ans de la convention internationale des droits de l’enfant, nous constatons qu’il reste encore beaucoup à faire pour convaincre et changer les mentalités et les lois afin de protéger réellement les mineur(e)s, en particulier contre toutes violences, notamment les violences et l’exploitation sexuelles (article 19 de la convention).

On sait combien les violences subies pendant l’enfance peuvent marquer les victimes, plus encore si rien n’est fait pour établir la vérité. Il est essentiel, pour elles, que le crime de viol soit clairement énoncé et les coupables désignés. La justice est un bon moyen de le faire au nom de la société. Les victimes trouvent parfois le courage et le soutien nécessaire pour porter plainte des années après l’agression. Mais les règles de la prescription en France, justifiées par le « pardon social », ont déjà empêché de nombreuses victimes de le faire. Voila pourquoi nous demandons avec le Collectif féministe contre le viol que la loi française inscrive l’imprescriptibilité du crime de viol. Prendre sérieusement en compte les affaires de viols et d’agressions sexuelles est le meilleur moyen de prévenir ces violences et de les enrayer. Car une société qui aime et protège ses enfants ne peut en aucune façon banaliser le viol des mineur(e)s.
19:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
